Jeudi 29 janvier 2009
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17:44
C’est une histoire d’appartement.
On est arrivé à Cusco dans un appartement magnifique, avec une vue magnifique sur tout le Cusco. Y avait une baie vitrée, lever de soleil, coucher de soleil, avachis sur le canapé on était un peu comme au cinéma. Cet appartement et la baie vitrée c’était juste un prêt. On a fait bien sûr comme chez nous mais de façon temporaire et en regardant un peu ailleurs pour voir si on pouvait trouver quelque chose de ressemblant.
Et c’est donc à ce moment précis de l’histoire qu’on est tombé sur Betty.
Phase 1, phase de séduction
C’est aussi un peu Betty qui nous est tombée dessus. Et vas-y que je te montre ma belle maison et que je te fais des blagues, et que je te raconte ma vie et celle de ma fille, ma fille elle va rentrer à l’université alors je vais laisser mon joli appartement tout meublé avec vue panoramique sur tout le Cusco et avec une terrasse gigantesque. Et vas-y que je te croise dans la rue et que je te fais des sourires et que je te re-raconte ma vie, mon ex-mari ne m’a jamais donné un centime pour l’éducation de ma fille.
Phase 2, phase d’hameçonnage
Le temps. On dit souvent que la perception du temps, la valeur qui lui est attribuée change selon les pays, les cultures, que c’est souvent ce qui perturbe le plus, voire rend totalement hystérique l’expatrié type. En voilà un joli exemple : Betty aime les longues, très longues préliminaires. Le temps n’est pas à vaincre, aller plus vite que lui, lui en mettre plein la vue de ton efficacité, on oublie, ça vaut rien. Ce n’est pas une lutte, au contraire il faut le dorloter, le laisser aller, qu’il prenne de l’avance, lui permettre de s’étaler et, reconnaissant, il nous rapportera ce que l’on souhaite. Donc voilà Betty qui prend le temps. On visite une première fois, c’est pas mal. Au bout de la cinquième visite et de la cinquantième demi heure de conversation où il se traite de tout sauf de l’appartement bien sûr, on s’aventure enfin sur le terrain financier.
Phase 3, phase de négociation
Notre cadre occidental de négociation est bien défini : le prix c’est des chiffres et ça se définit en fonction de la loi de l’offre et de la demande. Bien sûr avec Betty (disons pour faciliter la lecture qu’elle représente, de façon peut être un peu abusive, l’ensemble des péruviens) c’est loin d’être si simple, si froid. Le prix c’est le dernier maillon d’une chaîne, c’est son histoire, ses envies, besoins, difficultés. C’est aussi une histoire de relations humaines, de confiance. Alors il faut parler de tout ça avant. On fait des tours et des détours, et il n’est pas toujours facile de faire le lien avec la négociation, on perd souvent le fil, mais tout ça fait partie du prix. Et lui tel un monarque pointe son nez à la toute fin de la négociation, quand tout est déjà joué. Rien avoir avec Marrakech. Elle nous demande notre prix. Trois jours plus tard elle nous propose un prix exorbitant. Cinq jours plus tard on donne notre dernier prix. Elle accepte de façon implicite en nous parlant des affaires qu’elle va nous laisser et des travaux de la terrasse qui seront terminés dans une semaine.
Phase 4, phase de déstabilisation
Donc à ce moment là tout va pour le mieux. On est heureux, on a trouvé un compromis, Betty c’est notre pote, on s’installe dans un appart splendide, on fait péter notre dernière bouteille de vin français (si vous voulez plus de détails sur le sujet, contactez Arthur : il a gardé la bouteille en souvenir dans un coin du salon). Mais, coup de téléphone impromptu alors que nous sommes au sommet de notre courbe du bonheur et de la félicité : O Joie, la Francesca (sa fille) a réussi l’examen d’entrée à l’Université de Lima ; O Malheur, les mensualités à payer sont beaucoup trop chères donc elles reviennent toutes les deux à Cusco. Pas de panique, qu’elle nous dit, « vous pouvez rester jusqu’à la fin du mois de février, le temps de trouver autre chose. Je vais vous aider. Mais il se pourrait que je trouve un appart pour moi et La Francesca, je l’ai déjà fait il y a cinq ans quand j’avais besoin d’argent parce que son père (…), et donc vous pourriez rester dans l’appartement ». On verra ça à son retour (elles partent toutes les deux en vacance en Equateur)…
Epilogue, le Cluedo à la péruvienne
Il faut vous imaginer que toutes ces étapes se sont étalées sur un mois et demi, ce qui nous a mis, Arthur et moi, dans une espèce d’état second où l’on a commencé à analyser chaque phrase, chaque mouvement en essayant de comprendre quelle intention se cachait derrière. Complètement paranoïaques ou très perspicaces, c’est selon, on s’est retrouvé dans un complot généralisé ou Betty s’appelait Betty la terreur.
Pour conclure cette première chronique je lance donc les paris: Comment cette histoire va-t-elle se terminer ? Avancez vos hypothèses, le plus clairvoyant gagnera un bonnet péruvien ou une semaine à l’hôtel « Chez Betty » avec petit déjeuner (au lit) compris.
Les protagonistes (Qui dit la vérité ?)
- Betty la Terreur : mère célibataire. Femme forte, institutrice, une cinquantaine d’année. 1m55.
- La Francesca : fille unique. Une jolie chrysalide bientôt lépidoptère. Belle gosse quoi, 18ans, chiante comme à 18 ans.
- Nous : les deux petits français (1m83 et 1m71) qui arrivent à Cusco.
Les hypothèses :
- Betty ment, elle est pleine de thunes, sa fille rentre à la fac à Lima, elle veut faire monter les prix
- Betty ment à moitié, elle rentre à Cusco mais n’a pas l’intention de reprendre l’appart, elle veut faire monter les prix
- Betty ment, elle est juste schizophrène
- Betty dit la vérité, sans aucune autre intention, elle va nous mettre dehors un coup de pied au c.
- Et la Francesca ??? Elle fait quotidiennement des trucs chamaniques pour envoûter sa mère, elle ne veut pas aller à Lima, elle a son mec à Cusco
CLOTURE DES PARIS LE 25 FEVRIER.
TOUT ELEMENT NOUVEAU POUVANT CONTRIBUER A UNE MEILLEURE COMPREHENSION VOUS SERA COMMUNIQUE IMMEDIATEMENT.
Pour le plaisir de vos yeux, des images de l'objet du litige :
Appréciez les jolis pots de
fleurs sur notre terrasse sans toit!
On est arrivé à Cusco dans un appartement magnifique, avec une vue magnifique sur tout le Cusco. Y avait une baie vitrée, lever de soleil, coucher de soleil, avachis sur le canapé on était un peu comme au cinéma. Cet appartement et la baie vitrée c’était juste un prêt. On a fait bien sûr comme chez nous mais de façon temporaire et en regardant un peu ailleurs pour voir si on pouvait trouver quelque chose de ressemblant.
Et c’est donc à ce moment précis de l’histoire qu’on est tombé sur Betty.
Phase 1, phase de séduction
C’est aussi un peu Betty qui nous est tombée dessus. Et vas-y que je te montre ma belle maison et que je te fais des blagues, et que je te raconte ma vie et celle de ma fille, ma fille elle va rentrer à l’université alors je vais laisser mon joli appartement tout meublé avec vue panoramique sur tout le Cusco et avec une terrasse gigantesque. Et vas-y que je te croise dans la rue et que je te fais des sourires et que je te re-raconte ma vie, mon ex-mari ne m’a jamais donné un centime pour l’éducation de ma fille.
Phase 2, phase d’hameçonnage
Le temps. On dit souvent que la perception du temps, la valeur qui lui est attribuée change selon les pays, les cultures, que c’est souvent ce qui perturbe le plus, voire rend totalement hystérique l’expatrié type. En voilà un joli exemple : Betty aime les longues, très longues préliminaires. Le temps n’est pas à vaincre, aller plus vite que lui, lui en mettre plein la vue de ton efficacité, on oublie, ça vaut rien. Ce n’est pas une lutte, au contraire il faut le dorloter, le laisser aller, qu’il prenne de l’avance, lui permettre de s’étaler et, reconnaissant, il nous rapportera ce que l’on souhaite. Donc voilà Betty qui prend le temps. On visite une première fois, c’est pas mal. Au bout de la cinquième visite et de la cinquantième demi heure de conversation où il se traite de tout sauf de l’appartement bien sûr, on s’aventure enfin sur le terrain financier.
Phase 3, phase de négociation
Notre cadre occidental de négociation est bien défini : le prix c’est des chiffres et ça se définit en fonction de la loi de l’offre et de la demande. Bien sûr avec Betty (disons pour faciliter la lecture qu’elle représente, de façon peut être un peu abusive, l’ensemble des péruviens) c’est loin d’être si simple, si froid. Le prix c’est le dernier maillon d’une chaîne, c’est son histoire, ses envies, besoins, difficultés. C’est aussi une histoire de relations humaines, de confiance. Alors il faut parler de tout ça avant. On fait des tours et des détours, et il n’est pas toujours facile de faire le lien avec la négociation, on perd souvent le fil, mais tout ça fait partie du prix. Et lui tel un monarque pointe son nez à la toute fin de la négociation, quand tout est déjà joué. Rien avoir avec Marrakech. Elle nous demande notre prix. Trois jours plus tard elle nous propose un prix exorbitant. Cinq jours plus tard on donne notre dernier prix. Elle accepte de façon implicite en nous parlant des affaires qu’elle va nous laisser et des travaux de la terrasse qui seront terminés dans une semaine.
Phase 4, phase de déstabilisation
Donc à ce moment là tout va pour le mieux. On est heureux, on a trouvé un compromis, Betty c’est notre pote, on s’installe dans un appart splendide, on fait péter notre dernière bouteille de vin français (si vous voulez plus de détails sur le sujet, contactez Arthur : il a gardé la bouteille en souvenir dans un coin du salon). Mais, coup de téléphone impromptu alors que nous sommes au sommet de notre courbe du bonheur et de la félicité : O Joie, la Francesca (sa fille) a réussi l’examen d’entrée à l’Université de Lima ; O Malheur, les mensualités à payer sont beaucoup trop chères donc elles reviennent toutes les deux à Cusco. Pas de panique, qu’elle nous dit, « vous pouvez rester jusqu’à la fin du mois de février, le temps de trouver autre chose. Je vais vous aider. Mais il se pourrait que je trouve un appart pour moi et La Francesca, je l’ai déjà fait il y a cinq ans quand j’avais besoin d’argent parce que son père (…), et donc vous pourriez rester dans l’appartement ». On verra ça à son retour (elles partent toutes les deux en vacance en Equateur)…
Epilogue, le Cluedo à la péruvienne
Il faut vous imaginer que toutes ces étapes se sont étalées sur un mois et demi, ce qui nous a mis, Arthur et moi, dans une espèce d’état second où l’on a commencé à analyser chaque phrase, chaque mouvement en essayant de comprendre quelle intention se cachait derrière. Complètement paranoïaques ou très perspicaces, c’est selon, on s’est retrouvé dans un complot généralisé ou Betty s’appelait Betty la terreur.
Pour conclure cette première chronique je lance donc les paris: Comment cette histoire va-t-elle se terminer ? Avancez vos hypothèses, le plus clairvoyant gagnera un bonnet péruvien ou une semaine à l’hôtel « Chez Betty » avec petit déjeuner (au lit) compris.
Les protagonistes (Qui dit la vérité ?)
- Betty la Terreur : mère célibataire. Femme forte, institutrice, une cinquantaine d’année. 1m55.
- La Francesca : fille unique. Une jolie chrysalide bientôt lépidoptère. Belle gosse quoi, 18ans, chiante comme à 18 ans.
- Nous : les deux petits français (1m83 et 1m71) qui arrivent à Cusco.
Les hypothèses :
- Betty ment, elle est pleine de thunes, sa fille rentre à la fac à Lima, elle veut faire monter les prix
- Betty ment à moitié, elle rentre à Cusco mais n’a pas l’intention de reprendre l’appart, elle veut faire monter les prix
- Betty ment, elle est juste schizophrène
- Betty dit la vérité, sans aucune autre intention, elle va nous mettre dehors un coup de pied au c.
- Et la Francesca ??? Elle fait quotidiennement des trucs chamaniques pour envoûter sa mère, elle ne veut pas aller à Lima, elle a son mec à Cusco
CLOTURE DES PARIS LE 25 FEVRIER.
TOUT ELEMENT NOUVEAU POUVANT CONTRIBUER A UNE MEILLEURE COMPREHENSION VOUS SERA COMMUNIQUE IMMEDIATEMENT.
Pour le plaisir de vos yeux, des images de l'objet du litige :
Appréciez les jolis pots de
fleurs sur notre terrasse sans toit!
